Benedicte Henderick

Dire le souffle vital

Claude Lorent

INTIME A Stavelot, la plasticienne Bénédicte Henderick plonge en une introspection fébrile liée à l’enfance

Le propre du cheminement artistique de Bénédicte Henderick est de se situer à l’écart des références artistiques convenues, dans un créneau rare où prime la densité de l’intime. Plus que les symboles, les analyses en tous genres, psy ou esthétiques, ce qui domine est de l’ordre de la fébrilité, du sensible, de l’émotion la plus intense, des sentiments, des non-dits, des retenues pudiques, des tourments du corps autant que de l’esprit, des traumatismes et des espoirs, soit tout un lot personnel sur lequel se fonde l’être de chair traversé par ses rêves, ses bonheurs, ses espoirs et ses frustrations.

C’est un poids, énorme que chacun véhicule avec plus ou moins de difficultés et que l’artiste exprime ici, en cette nouvelle exposition extrêmement émouvante, prenante à tel point qu’elle tend plus au silence qu’à la parole qui s’avérera souvent de trop, surtout si elle devient discours démonstratif ou explicatif.

Cette oeuvre en son entier est un être vivant qui appelle au partage de ce qu’il livre progressivement dans les tressaillements à la fois décidés et hésitants : les sculptures d’une part, les dessins de l’autre, des désirs et des souffrances, des souvenirs et des projections qui l’habitent.

Pas besoin de découvrir l’oeuvre clé au premier abord, un autoportrait comprenant un élément révélateur, pour savoir que le frémissement issu des émotions « questionnantes », parfois antagonistes, est l’énergie qui conduit aux réalisations. Les unes appliquées, d’une précision quasi maladive, les autres disant la fragilité cristalline des êtres.

Chacun pourra lire aisément qu’il s’agit du monde de l’enfance, du lien charnel, de la présence et de l’absence, de la vie et de la mort, de cet univers ou de ce vide dans lequel chacun plonge à sa manière, cherchant là une bouée, là un refuge, là le courage de dire par la voie plasticienne ce que les mots ne peuvent transmettre.

Cette oeuvre-là est essence et essentielle en ce qu’elle est le mental et la chair humaine. Rare. Très rare. Et d’une beauté bouleversante.

© La Libre Belgique 2005

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