Benedicte Henderick

Aperto Libro

Julie Hallinger

Dans un grand livre ouvert, une mosaïque d’images cohabite avec quinze portraits, lisibles ou dissimulés. À bien y regarder, Bénédicte Henderick nous confie une part de son univers, où les filiations entre vivants et morts se mêlent à d’autres réminiscences. Ces visages d’écrivains et d’artistes métamorphosés de page en page, charrient ici et là des instants d’amitié, les bribes d’un amour, la puissance des rencontres. De Picabia à Artaud, les superpositions induisent avec nuances et émotions les composantes de nouvelles images. L’artiste les double de sens en y joignant d’autres pages, mots ou images qui inspirent la profondeur de la relation à l’autre – même inconnu – et les traces qui en resteront.

L’ensemble du dispositif plastique crée des liens qui ouvrent encore d’autres liens, d’autres rencontres – notamment des invitations à d’autres artistes et auteurs [1]. Et ce corpus d’images, d’où jaillissent des lectures possibles et jamais figées, préfigure déjà les chapitres à venir [2].

Avec ce nouveau travail, Bénédicte Henderick prend la parole mais n’ouvre ici qu’un seul tiroir. Une colonne funéraire laisse entrevoir Brancusi tandis qu’au milieu des voix qui s’élèvent, quinze peintures répondent aux portraits rébus. Elles s’entendent dans un dialogue spatial et pictural, laissant ainsi présager une multiplication de liens et de correspondances. Ces tableaux nous replongent dans l’imagerie labyrinthique entamée avec Les Fantômes de Camina Ando [3], et il nous faut creuser encore ce fil vibrant et intime, livré parcimonieusement au moyen de quelques signes, quelques mots. Et avec Pessoa, lever une partie du voile sur une autre lignée, celle de Camina Ando – Laetitia B – Bénédicte Henderick.

Page après page, ce qui construit la plasticienne se lit, se réinvente, avant de s’esquiver à nouveau. J’imagine un livre déployé dans un espace immense… L’épaisseur de ses feuillets empilés en correspondance avec toute une vie, puisque l’amie qu’est Bénédicte Henderick s’avance un peu plus aujourd’hui. Toujours un peu lointaine, mais avec la sûreté de ce qui la convainc et sans doute, l’infatigable envie de rencontres fondatrices.

Julie Hallinger, février 2012.

Notes

[1] Le livre "Bénédicte Henderick, Préface" a été réalisé avec la collaboration de Camille Buiatti. Élise Neirinck est invitée à présenter son travail "Étant Donné" à l’occasion de l’exposition de "Bénédicte Henderick, Préface" à la Maison des Arts, du 9 mars au 14 avril 2012.

[2] Exposition prévue en septembre 2012, à la Galerie Catherine Putman, Paris.

[3] Les Fantômes de Camina Ando, juin 2011, Galerie Rossicontemporary, Bruxelles.

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